Médiation familiale

Pourquoi le Code de 1983 a-t-il maintenu l’obligation du code de 1917, invitant les fidèles à demander l’autorisation de l’Ordinaire du lieu avant d’entreprendre une démarche de divorce ?

En théorie, les canons 1151 à 1155 prévoient qu’un fidèle marié religieusement ne peut pas se séparer de son conjoint ni demander le divorce civil sans avoir obtenu au préalable l’autorisation ecclésiastique[1]. Dans la pratique, ces canons ne sont en général pas observés ni même connus ou enseignés. Des canonistes comme Edward N. Peters[2], ont récemment traité de la question en considérant schématiquement qu’il s’agirait de « scories » du code de 1917, maintenues en vigueur à cause de l’effet civil des mariages religieux dans certains pays régis par un concordat avec le Saint Siège. Il estime d’ailleurs que l’absence d’une telle autorisation n’est pas une faute bien grave puisqu’elle n’empêche pas de communier des époux séparés et/ou divorcés sans autorisation ecclésiastique.

Une autre explication au maintien de ces canons dans le code de 1983 est envisageable, à savoir que l’Eglise a voulu rappeler le devoir des époux à garder la vie commune[3] et n’a pas voulu abandonner le rôle d’arbitre et de médiatrice, que lui donne le canon 1152 § 3[4]. Si les canons 1151-1153 sont pratiquement tombés en désuétude, c’est probablement parce que l’Eglise s’est, au mieux, contentée d’être arbitre en disant aux conjoints qu’il leur est possible de se réconcilier, mais que sauf exception, elle n’a pas été médiatrice pour les aider les à se réconcilier.

Qu’elle soit historiquement véridique ou pas, cette interprétation d’un « canoniste-médiateur » traduit sa propre conviction que l’Église peut progresser dans l’accompagnement des personnes en difficulté dans leur couple.

C’est précisément la conclusion à laquelle est parvenue le synode des évêques sur la famille et c’est ce sur quoi travaille actuellement Canonistes sans frontières, en vue de publier, un guide de l’accompagnement des personnes en difficulté dans leur couple, à l’occasion du troisième anniversaire d’Amoris Laetitia. Ce guide fera le  point des bonnes pratiques de l’Église, trois ans après l’invitation faite par le pape aux évêques de créer dans leur diocèse un service d’information, de conseil et de médiation rattaché à la pastorale familiale.

[1] Can. 1153 —Si un des conjoints met en grave danger l’âme ou le corps de l’autre ou des enfants, ou encore si, d’une autre manière, il rend la vie commune trop dure, il donne à l’autre un motif  légitime de se séparer en vertu d’un décret de l’Ordinaire du lieu et même, s’il y a risque à attendre, de sa propre autorité.

[2] Peters (Edward N., Sacred Heart Major Seminary, Detroit) Do Catholics need Ecclesial permission to divorce? catholicscholars.org PCS Quarterly • Spring/Summer 2017, p. 61-64.

[3] Can. 1151 — Les conjoints ont le devoir et le droit de garder la vie commune conjugale, à moins qu’une cause légitime ne les en excuse.

[4] Can. 1152 — § 1. Bien qu’il soit fortement recommandé que le conjoint, mû par la charité chrétienne et soucieux du bien de la famille, ne refuse pas son pardon à la partie adultère et ne rompe pas la vie conjugale, si cependant il n’a pas pardonné la faute de manière expresse ou tacite, il a le droit de rompre la vie commune conjugale, à moins qu’il n’ait consenti à l’adultère, n’en soit la cause ou n’ait commis lui aussi l’adultère.
§ 2. Il y a pardon tacite si l’époux innocent, après avoir eu connaissance de l’adultère, a vécu de plein gré conjugalement avec son conjoint ; mais ce pardon est présumé si pendant six mois il a maintenu la vie commune conjugale et n’a pas fait recours auprès de l’autorité ecclésiastique ou civile.
§
3. Si l’époux innocent a rompu de plein gré la vie commune conjugale, il déférera la cause de séparation dans les six mois à l’autorité ecclésiastique compétente qui, ayant examiné toutes les circonstances, estimera s’il est possible d’amener l’époux innocent à pardonner la faute et à ne pas prolonger pour toujours la séparation.

Radio Maria Togo

Et si la colère, la jalousie et les conflits étaient source de vie ?

La colère a deux sens : c’est l’un des pêchés capitaux lorsqu’elle devient fâcherie choisie mais c’est aussi une émotion naturelle, source de vie; De même la jalousie peut être signe d’amour « Dieu est un Dieu jaloux » comme elle peut-être source de violence. Il en va de même pour beaucoup d’autres notions que la morale nous a appris à rejeter mais qui, dans un certain sens doivent être réhabilitées.

En tous cas, les canons 1446 et 1733 invitent les fidèles à éviter les conflits et à rechercher une solution équitable, en utilisant au besoin la médiation et le recours des sages. Effectivement,le canon 221 autorise les fidèles à recourir aux tribunaux de l’Eglise mais, au préalable il convient sinon d’éviter  les conflits (est-ce possible ?), il convient de les regarder en face et de nous efforcer de les transformer en amour   par 1) la prière, 2) le dialogue, 3) le recours aux sages.

Certes, il existe beaucoup de sages dans le monde, mais certains d’entre eux font précisément profession d’aider à résoudre les conflits en agissant en qualité de médiateurs.

En attendant des pages mieux fournies, voici un extrait relatif à la médiation d’une émission du 13 septembre 2018 à Atakpamé sur radio Maria Togo, avec Mgr. Nicodème Barrigah-Bénissan, évêque d’Atakpamé, modérateur du tribunal interdiocésain de Lomé, ancien président de la Commission justice et vérité du Togo et Yves-Alain Ducass, directeur de Canonistes sans frontières;

Mgr. Nicodème Barrigah-Bénissan, évêque d’Atakpamé, modérateur du tribunal inter-diocésain de Lomé, ancien président de la Commission justice et vérité du Togo : La formation que nous venons de recevoir au cours de la session que nous venons de tenir, a porté sur un troisième thème qui est celui de la médiation parce qu’on ne peut pas, dans le contexte du mariage sauter directement, aller au tribunal ou on ne peut pas dans le cadre des difficultés au sein de l’Eglise aller en même temps saisir, je ne sais pas des supérieurs, des autorités pare qu’on a un petit problème avec son supérieur. La démarche fondamentale, la toute première, est la médiation, le dialogue en vue de trouver des solutions.

Yves Alain Ducass, directeur de Canonistes sans frontières : on a parlé de médiation. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu’à un moment donné, pour une raison, où on n’a pas à condamner l’un ou l’autre, deux personnes sont fâchées. Elles ont même oublié pourquoi elles sont fâchées, parfois. Elles sont fâchées à cause de l’autre. Mais il y a tout un travail à faire pour essayer de revenir, pour dire mais quelle est l’origine ? Alors on va voir que ce n’est pas entre les personnes et qu’il y a un problème et on va le retrouver. Et puis on va découvrir que les gens, en fait, ils se sont fait des idées parce qu’ils ont perçu la chose à leur manière mais la chose, elle est différente de ce qu’ils ont perçu. Donc on va revenir des idées qu’on a, « on est fâché », mais finalement, qu’est-ce qu’on a ressenti. On était en colère mais on avait peut-être raison d’être en colère, on était triste mais on a peut-être raison d’être triste, on avait peut-être raison ? On a de la honte, on a peut-être raison. Donc on revient à ça [aux émotions] Puis on se dit si on a vécu tout ça, est-ce qu’on n’avait pas un besoin derrière ? Est-ce qu’on ne se sentait pas abandonné ? On avait un besoin, et donc on redescend petit à petit pour dire moi, on se met un peu à nu finalement. Et quand les autres sont vrais et qu’ils respectent l’autre, on n’est plus dans la fâcherie, il y a un moment donné où le conflit, les gens disent mais finalement l’autre, je ne savais pas tout ça. Je ne savais pas qu’il y avait ça derrière tout ce qu’on ne s’est pas parlé. Et du coup, il y a un accord qui se fait. Voilà, c’est ça pour moi la démarche de médiation, c’est ce qui fait qu’on passe d’une FÂCHERIE à un accord, avec l’aide de quelqu’un qui lui ne va pas dire : « c’est lui qui attaque, c’est l’autre qui est victime ». Il ne va pas faire ça, s’il le fait, cela amplifie le problème, mais il va dire : « moi, si vous avez besoin d’aide, je suis là ». Et donc ces techniques-là, c’est ce dont on a parlé et dont je voulais dire un petit mot.

Mgr Barrigah : Yves-Alain a dit qu’il y avait également une communication sur la médiation. Après l’avoir écoutée, on a été unanimes à reconnaître que bon, ce qui était prévu dans le code de droit canonique n’existe pas encore chez nous. On a demandé qu’il y ait des organes de médiation dans tous les diocèses et dans la Conférence des évêques, ça se trouve dans le code, bon voilà, on s’est rendu compte que nous, on ne l’avait pas encore et que ce serait bien qu’on puisse y arriver nous aussi. Ensuite, on s’est rendu compte qu’on n’avait pas de formation en médiation. C’est vrai, nous avons beaucoup de disponibilités, nous accompagnons quotidiennement des gens qui sont en difficulté mais il faut une certaine préparation aussi. Et cela a été pratiquement exprimé par tous les participants que nous puissions d’une manière ou d’une autre assurer un minimum de formation à un groupe assez large et une formation un peu plus spécialisée à des gens qui vont maîtriser les outils de la médiation. Je pense que cela fait partie aussi des acquis de cette session, de cette mini-session que Yves Alain a bien eu la joie d’animer pour nous et avec nous.