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1.6. La chasteté préconjugale

Dans Son best-seller « 12 règles pour une vie »[1], Jordan B. Peterson suggère de se concentrer sur l’essentiel, et non sur le plus opportun ou le plus agréable.

En relisant l’histoire de l’humanité, il montre le grand progrès que les hommes ont accompli par rapport aux animaux, en acceptant le principe de gratification différée, qui consiste à lâcher le provisoire pour le durable, l’accessoire à l’essentiel, à partager librement et à renoncer à des biens éphémères pour préparer un avenir meilleur. Pour les amoureux, la question se pose en ces termes : est-il préférable d’attendre avant d’entamer une relation sexuelle ?

Dans le monde occidental une mentalité hédoniste tend à dire que si les jeunes n’ont pas de relations sexuelles préconjugales, ils sont anormaux. Penser cela n’empêche pas de s’écouter et de réfléchir par soi-même :

Si j’avais une grande âme, je renoncerais à tout contact physique avec lui, puisque cela ne fait que me rendre malheureuse au fond de moi. Mais je ne me sens pas encore la force de renoncer à toutes les possibilités de communication qui se perdraient ainsi. Et je crois que j’ai peur de le blesser dans sa fierté masculine[2].

La société occidentale promeut des relations sexuelles « à volonté », entre adultes consentants, mais beaucoup d’auteurs expriment une sorte de dégoût après une union qui a laissé de côté une part supérieure de leur être, c’est-à-dire leur âme au plan psychique ou leur esprit au plan spirituel. Etti Hillesum raconte dans son journal :

Tout de même, je suis un peu triste ce soir. Pourtant c’est bien moi qui ai voulu nos étreintes. […] Chez moi, les crises soudaines de désir physique proviennent toujours d’un sentiment de parenté spirituelle, elles ne sont donc pas condamnables. Pourtant je n’en retire que de la tristesse[3].

De même Saint Augustin confessait :

En la fleur de ma jeunesse, je brûlais d’ardeur et de passion pour me rassasier des voluptés basses et terrestres, et je me suis débordé en beaucoup de sales amours qui cherchent à se cacher dans les ténèbres. […]

Une brutale concupiscence emportait la faiblesse de mon âge dans les dérèglements violents des passions. […] Cette seizième année de mon âge, où la volupté commença à dominer tyranniquement sur moi, où je me rends esclave de cette impétueuse maîtresse, de cette folle et violente passion, qui à la honte des hommes règne avec tant de licence sur le monde[4].

Je trouvais plus de délices et plus de douceurs à aimer et à être aimé, lorsque je possédais entièrement la personne qui m’aimait, et qu’elle s’était toute donnée à moi. […] Je me vis aussitôt cruellement déchiré comme avec des verges de fer toutes brûlantes par les jalousies, les soupçons, les craintes les colères et les piques[5].

Les sociétés religieuses recommandent généralement la chasteté à tous les stades de la vie, et surtout pour les fiancés.

La chasteté c’est l’intégration réussie de la sexualité
dans la personne humaine, c’est-à-dire l’harmonie de son corps et de toutes ses capacités humaines[6].

Avant le mariage, la chasteté implique notamment la continence, qui consiste à s’abstenir de relations sexuelles, et ce, pour plusieurs raisons :

  • Un des mythes qui perdure chez l’adolescent est qu’une union est dès le départ bonne ou mauvaise. L’ado justifie ainsi des essais sexuels multiples, plus ou moins agrémentés par le jeu de la séduction, de la conquête. Mais en dehors des cas extrêmes où la blessure est irréparable et de l’ordre de la pathologie, la sexualité est une lente construction à deux. En ce sens, les essais multiples brisent souvent le potentiel de croissance que pourrait trouver un couple fidèle.
  • La sagesse ancestrale formulée dans les dix commandements donnés pour libérer le peuple « du pays de l’esclavage », et notamment le dixième « tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin » ;
  • La théorie de l’engagement et de la dissonance[7], largement admise, montre que non seulement les pensées agissent sur les actes, mais aussi que les actes influent sur les pensées, au point qu’une personne ayant posé un acte qui l’engage, elle va s’efforcer de rester cohérente avec elle-même au point d’effacer de son champ de conscience les pensées et les actes qui viendraient contre dire son engagement. En matière de relations humaines, il est clair qu’une relation sexuelle va engager les personnes honnêtes, au point qu’elles auront du mal à objectiver la relation qui s’en suit et à prendre ses distances si elle a l’intuition de le faire ;
  • La psychologie humaine est ainsi faite que le jeune cherche à imiter l’amour de ses parents[8]. S’il ne prend pas le temps de renoncer à l’amour qui n’est pas le sien pour découvrir son propre amour, il est vraisemblable qu’il veuille le faire plus tard, risquant alors de quitter son conjoint au lieu de son parent.
  • La sagesse de Dieu et de l’Eglise a prévu cette difficulté et recommande de faire coïncider l’amour adulte qui s’engage avec le mariage et avec l’engagement sexuel.
  • La relation sexuelle est une expérience forte qui risque d’anesthésier les fonctions de jugement, en occultant alors la faculté de prendre librement et sereinement la décision de s’épouser dans tous les sens du terme.
  • La chasteté est tout le contraire de la violence, puisqu’il s’agit de se respecter et de respecter l’autre, sans imposer, même insidieusement, nos envies et nos pulsions.

Vivre une belle chasteté n’est pas nécessairement inné. Cela s’apprend non seulement par des théories expliquées à notre cerveau mais aussi par des formations, et plus encore par des groupes de partage, comme ceux proposés par Teenstar.

On tombe amoureux d’une personne complète

avec son identité propre, non pas seulement d’un corps[1]

Pour aider à comprendre et vivre une chasteté épanouie, voici quelques points de repère[2], inspirés principalement de Karol Wojtyla :

 La chasteté est une contrainte exercée sur le corps :
alors que j’ai du désir, je ne l’assouvis pas,
 ou j’en reporte l’assouvissement.

Alors, répressive, la chasteté ? Négative ?

 Oui, si elle n’est pas authentique !

La chasteté est une énergie spirituelle capable de défendre l’amour des périls de l’égoïsme et de l’agressivité,
et capable de faire progresser l’amour […]

de nous rendre libres en vue d’un Amour dénué d’égoïsme, de voir en l’autre une personne
et non un objet à posséder ou à utiliser. […]

Manquer à l’autre qui nous manque aussi, s’attendre,
se désirer, se chercher, se retrouver,
c’est le rythme même de l’amour.


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Source de l’image : https://www.teenstar.fr/un-livre-pour-informer-les-jeunes/

[1] Amoris Laetitia, 164.

[2] http://www.viesavie.com/question/quest-ce-que-la-chastete-est-elle-une-voie-pour-conserver-le-desir/


[1] Jordan B. Pederson, 12 règles pour une vie. Cf. la règle n° 7 : Concentrez sur l’essentiel (et non sur le plus opportun).

[2] Etti Hillesum, Une vie bouleversée, notes du 8 mai 1941

[3] Etti Hillesum, Une vie bouleversée, notes du 11 janvier 1942

[4] Saint Augustin, confessions, livre II,  chapitre II.

[5] Saint Augustin, confessions, livre III, chapitre I.

[6] Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 2337.

[7] https://psychologie-sociale.com/index.php/fr/theories/influence/10-theorie-de-l-engagement-et-de-la-dissonance

[8] Ou d’un autre couple symbolique ou œdipien