Archive de l’étiquette médiateur

ParYves Alain

6.5. Secrets des médiateurs

Source = http://initiadroit.com/

Dans le troisième exemple ci-dessus, la personne accompagnée n’a pas été confrontée à son adversaire mais elle aurait souhaité le faire.

Dans bien des cas, et notamment dans les couples en difficulté, il est possible d’aider les conjoints à renouer un dialogue constructif, avec l’aide de médiateurs dont c’est le métier.

Dans les sociétés traditionnelles et notamment en Afrique, le chef de famille ou de village réunit son conseil pour régler les questions importantes, avec un rôle intermédiaire entre celui de médiateur et d’arbitre. Ainsi la palabre africaine est utilisée depuis des temps immémoriaux pour rétablir l’harmonie dans une communauté, indépendamment de savoir qui a raison ou tort.

6.5.1. Le cheminement vers la médiation

L’entrée en médiation nécessite en général un chemin de mûrissement car les deux conjoints ont l’impression qu’ils ont déjà tout essayé en vain pour se comprendre.

La médiation peut être conseillée par l’avocat avant, pendant ou après le divorce. Elle peut également être  imposée par le juge dans le cadre de ce que l’on appelle médiation judiciaire, ou décidées librement par les parties dans ce que l’on appelle médiation conventionnelle.

Une  médiation ne peut en effet démarrer que si les deux parties sont d’accord sur le principe d’une médiation, en acceptant de dialoguer avec l’autre, en présence d’un médiateur, avec un vrai désir de rechercher une solution, en acceptant les conditions éventuelles de rémunération du médiateur.

L’acceptation des conditions de la médiation nécessite parfois du temps, comme on peut le voir dans l’histoire ci-dessous, où la médiation entre les parents est proposée par leurs enfants.

  1. Deux époux sont séparés, leurs deux filles adolescentes sont à la garde de la mère et le père ne paye pas la pension alimentaire (CEEE) à temps ;
  2. Les deux filles souhaitent faire des études et demandent de l’aide au père qui refuse, estimant qu’elles n’ont qu’à faire un emprunt ;
  3. Les filles sont fâchées, la mère veut faire un procès, le père tombe malade ;
  4. Les filles sont tristes de cette situation et vont voir l’avocat de la mère qui propose une médiation ;
  5. La mère et le père acceptent la médiation.

6.5.2.      Le déroulement d’une médiation

Comme tout échange, le processus de médiation suit une « boucle de contact », avec un temps de préparation, un temps d’accueil, un temps de dialogue au cœur du sujet, puis un temps de conclusion et un temps de désengagement.

Le temps de préparation est souvent constitué d’entretiens séparés entre le médiateur et chacune des parties,

  • pour préciser l’objectif, à savoir qu’il ne s’agit pas de savoir qui a tort ou raison, mais d’aider à trouver une solution,
  • pour rassurer les parties sur la capacité du médiateur à poser un cadre d’intervention rassurant,
  • pour préciser les conditions de la médiation en ce qui concerne le lieu (généralement neutre), les entretiens préalables (en général un avec chaque partie), la durée (ex une séance d’une à deux heures), l’évolution (d’autres séances peuvent être programmées) et le coût. 

Avant la médiation, les deux parties ayant décidé de recourir à un médiateur, en arrêtent généralement les modalités d’un commun accord, de manière à aboutir à un contrat de médiation liant le médiateur et les parties. Bien qu’il puisse être parfois informel, le contrat de médiation est en général structuré autour des articles ci-après[1] :

  • l’objet : Les parties entament une médiation pour résoudre leur différend concernant …/…
  • le médiateur : les parties mandatent …/… comme médiateur, pour les aider dans la recherche d’une issue amiable à leur différend dans un climat serein, sans proposer de solution aux parties. …/…
  • Règles applicables en médiation : …/…
  • Rapport avec les procédures judiciaires : …/…
  • Confidentialité : …/…
  • Rémunération du médiateur : …/…
  • Noms, coordonnées et signatures des parties et du médiateur

Une fois le contrat signé ou du moins, décidé, la première réunion de médiation commune entre les parties débute par un rituel que Jacques Saltzer[2] évoque avec l’acrostiche PORTE :

  • P. Présentation : les parties arrivent en général sous le coup de l’émotion et le médiateur va s’efforcer de leur donner confiance en présentant calmement le processus, en les assurant qu’ils auront pleinement la possibilité de s’exprimer, et ce, dans un espace protégé.
  • O. Objectifs : il s’agit de rappeler l’objectif aux parties, à savoir qu’elles puissent trouver elles-mêmes une solution au conflit qui les oppose, dans un cadre sécurisé, avec une méthode éprouvée, plus rapide, moins chère et moins aléatoire qu’une décision de justice.
  • R. Règles : les réunions de médiation se font dans la plus stricte confidentialité. Chaque partie peut demander un entretien séparé, sachant qu’un autre est alors accordé à l’autre partie si elle le désire. Chacun est libre d’arrêter la médiation s‘il le souhaite. Les parties sont tenues d’écouter l’autre quand il s’exprime et chacun doit s’exprimer courtoisement.
  • T. Temps : La durée de la médiation varie d’une journée à plusieurs mois[3].
  • E. Engagement : Après avoir répondu à des questions éventuelles, le médiateur invite les parties à s’engager sur les règles ci-dessus et, l’angoisse étant tombée grâce au cadre rassurant, la médiation proprement dite peut alors commencer.

L’accord étant donné sur le principe et la démarche, la médiation proprement dite se déroule en théorie selon quatre étapes décrites par « la roue de Fiutak ».

  1. Rappel des faits. Dans une première étape, le médiateur invite les parties à préciser les faits à l’origine du conflit. Il s’efforce ainsi de faire évoluer la situation d’un conflit de personnes (c’est de ta faute si…) à un conflit d’objets (nous sommes en désaccord sur tel ou tel point). Il parvient à ce but en modérant le dialogue pour que les parties abandonnent leurs jugements sur l’autre et parviennent à un exposé le plus objectif possible des faits. Il est possible que cet exposé soit partagé mais il est également fréquent que les deux parties donnent deux scénarios différents des événements, auquel cas, elles peuvent s’accorder sur les points de convergence et de divergence, ce qui est déjà un début d’accord.

Dans les deux heures d’une médiation familiale, toute une vie s’écoule, depuis la première rencontre du couple, la création de la famille, le rêve de bonheur détruit, les enfants écartelés entre les deux parents et la séparation qui a brisé le cœur de chacun[4].

  • Recherche des causes. La seconde étape consiste à comprendre pourquoi les faits ont entraîné un conflit et le conflit un litige. L’idée de base est que chaque personne a un comportement logique avec un minimum de désir du bien, et qu’il faut comprendre ce qui est important pour chacun.
  • Le temps de bascule : c’est le moment où chacune des parties perçoit sa part de responsabilité dans le conflit, ainsi que les besoins qui se cachent derrière les émotions et le ressenti de l’autre. Il passe alors du jugement de valeur sur l’autre à un minimum de compréhension, voire de compassion permettant d’envisager la recherche d’une solution.
  • Elaboration : c’est l’étape de la recherche de toutes solutions possibles sans tenter de les évaluer à ce stade.
  • Décision : c’est le temps du choix de la solution et de sa mise en forme.

Figure 30 : la roue de Fiutak[5]

La formation d’un médiateur vise le savoir-être plus que le savoir-faire et que le savoir tout court. En outre, les médiateurs maîtrisent les nombreux outils de communication interpersonnelle, tels qu’évoqués précédemment, car ils les ont appris et expérimentés en commun. La maîtrise d’eux-mêmes (savoir-être) et de ces outils (savoir-faire) fait la différence entre un médiateur débutant et un médiateur expérimenté.

6.5.3.     Exemples de médiations

La littérature présente un grand nombre de cas de médiations conjugales réussies dont voici quelques exemples :

Gilles va trouver un médiateur après la décision de sa compagne Julie de se séparer après 15 années de vie commune et la présence d’un enfant de 12 ans. Il veut faire un travail sur lui-même pour récupérer sa compagne. Julie, qui a pris sa décision, n’éprouve pas le besoin d‘une médiation, mais elle accepte pour aider Gilles à accepter sa décision. Au cours du travail, les deux conjoints expriment leur souffrance respective et éprouvent de la compassion l’un pour l’autre. Finalement Gilles accepte de faire un travail sur lui-même quelle que soit la décision de Julie[6].

Madame et Monsieur sont accueillis en médiation pénale suite à une plainte de Madame pour violence conjugale sur sa personne. Madame explique au médiateur que Monsieur a un problème d’alcoolisme depuis longtemps et bénéficie d’un suivi médical. La violence verbale de Monsieur à son égard est un phénomène récent qui a fini par se solder par une violence physique à l’occasion de problèmes financiers.

Elle dit avoir un rôle de gendarme et être le souffre-douleur de Monsieur en lieu et place de sa mère contre laquelle il nourrit un ressentiment qu’il n’arrive pas à exprimer. Il n’a plus de contact avec sa famille. Madame a peur de la violence de son époux et de ses conséquences, étant donné l’ostéoporose dont elle souffre. Elle exprime cependant que sa souffrance liée aux violences physiques n’est pas la plus importante : »Il est dur d’encaisser un coup mais les violences verbales sont pires. Je me sentais humiliée par les insultes. » Monsieur est d’accord avec la version de Madame et dit : « Madame est ma tête de turc par rapport à mes problèmes avec ma famille ». Tous deux témoignent par leurs attitudes d’un lien de tendresse et de respect mutuel. Au terme de la médiation, Monsieur est disposé à se faire accompagner psychologiquement. La plainte et la médiation ont permis la prise de conscience de la violence installée dans les relations conjugales, et cela, bien avant le passage à l’acte physique[7].

Jacqueline Morineau, une des pionnières de la médiation en France, donne aussi des exemples de médiation réussie là où la justice a échoué [8]:

  • avant la plainte : une grand-mère de 73 ans, qui avait un amant de 40 ans avait déposé une plainte contre sa fille qui lui avait fait des misères, après « tout ce qu’elle avait fait pour elle ». La mère lui en voulait parce qu’elle considérait la grand-mère comme « la honte de la famille ». Le petit-fils qui aimait à la fois sa mère et sa grand-mère vivait un confit de loyauté. La médiation aboutit au retrait de la plainte après que chacun ait pu s’exprimer, et que la mère ait constaté que l’amant avait largement entretenu la grand-mère, tandis qu’elle-même et son fils en avaient largement bénéficié.
  • entre la plainte et le jugement : une femme avait déposé plainte contre son frère de 18 ans son aîné, avec qui elle était en conflit depuis toujours. La médiation a réussi quand le frère et la sœur ont réalisé qu’aucun d’eux n’était responsable du fait que, 50 ans auparavant, leurs parents avaient écarté le frère de la maison, quand sa sœur était née, du fait d’un logement trop exigu.
  • Après un jugement de divorce : très souvent des époux divorcés continuent à se faire la guerre une fois le jugement prononcé et la médiation intervient quand la souffrance devient trop grande comme nous le verrons plus loin à propos du cheminement vers la médiation. En général, la médiation part commence à réussir quand la souffrance de chacun des deux ex conjoints a pu être exprimée et reconnue et qu’ils cessent de se polariser sur le passé pour regarder la souffrance actuelle de leurs enfants. Ils peuvent alors entamer un processus de reconstruction, en ayant une valeur commune, le bonheur de leurs enfants.
  • Pendant l’incarcération : un juge d’application des peines a sollicité une médiation pour un jeune maghrébin en fin d’incarcération pour tentative de meurtre sur son père, et que je luge sentait prêt à récidiver. Grâce à deux médiateurs dont un maghrébin, ainsi que la mère qui jouait un rôle apaisant, le père et le fils ont pu se parler et s’expliquer et des prises de conscience eurent lieu. Ainsi le père accepta que le fils vienne visiter sa mère à la maison familiale quand lui-même serait absent. La fin de la médiation fut très mouvante. La mère pris les médiateurs dans ses bras et le père les bénit au nom d’Allah.

En fin de comptes, choisir la médiation, c’est choisir la bienveillance, choisir l’efficacité, choisir la coopération pour n’être ni bourreau, ni victime, ni sauveur, agir dans le sens de l’autonomie et de la responsabilité, apprendre à vivre les conflits comme des étapes, choisir de coopérer malgré les différences et les différends, exercer notre pouvoir de création et d’action, tout en laissant sa place à l’autre[9].


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[1] http://www.mediation-oav.ch/images/uploaded/file/contrat_mediation.pdf

[2] Médiateur français, professeur de médiation et auteur de plusieurs ouvrages. http://promediation.org/fr/qui-sommes-nous/les-equipes-operationnelles/jacques-salzer

[3] En France la médiation judiciaire se déroule sur trois mois. Elle est renouvelable une fois.

[4] Jacqueline Morineau, L’esprit de la médiation.

[5] https://i1.wp.com/www.club-agile-caen.fr/wp-content/uploads/2017/06/roue-de-Fiutak.jpg

[6] http://www.mediation-familiale.com/pem/articles.php?lng=fr&pg=15

[7] http://www.choisirlamediation.fr/exemples/mediation-penale-a-caractere-familial

[8] Jacqueline Morineau, L’esprit de la médiation, p. 141 et sq.

[9] http://www.choisirlamediation.fr/

ParYves Alain

6.4. Secrets des coaches

Souèrce = humanresourcesblog.in

Outre la thérapie, l’accompagnement personnalisé est pratiqué depuis des temps immémoriaux, avec des grands maîtres comme Socrate, dont le questionnement aidait les membres de l’Académie à réfléchir et à se prendre en main.

L’accompagnement psycho-spirituel[1] est un espace de confiance, confidentiel et sans jugement qui s’adresse à toutes personnes, athées, agnostiques ou de différentes religions qui ressentent le besoin de considérer leur existence autrement qu’uniquement au travers ce qu’elles peuvent voir ou toucher. C’est une invitation à prendre du recul et à s’ouvrir à une autre dimension, sans rite ou dogme religieux, mais à partir de ce qui questionne, blesse, déchire ou  intrigue. Dans les religions, l’accompagnement spirituel vise à accompagner un frère dans sa vie d’amitié et d’union avec Dieu lui-même.

Dans le monde « développé », l’accompagnement individuel est connu sous le nom de « coaching », qui prend la forme de séances répétées d’une à deux heures, autour d’un objectif précis comme par exemple : « comment rendre heureux mon conjoint ? », voire même « comment récupérer mon ex ?[2] ».

Comme pour les autres professions, il existe des écoles de coaching, avec leurs spécificités mais aussi avec des points communs que nous allons nous efforcer de présenter, à partir de notre pratique personnelle, et du livre de François Delivré « Le métier de coach[3] ».

Une des définitions du coaching  est « l’art d’aider une personne à trouver ses propres solutions », par rapport à un problème actuel. Il se distingue du conseil et de la formation qui donnent des points de repère, de la thérapie qui n’aborde pas de problème actuel.

Suivant sa formation et ses compétences, le coach d’une personne peut intervenir à plusieurs niveaux :

  • au niveau individuel, pour traiter des problèmes intrapsychiques, c’est-à-dire les problèmes intérieurs à la personne ;
  • au niveau relationnel, par exemple la relation avec un conjoint ;
  • au niveau d’une équipe ou d’une famille, pour traiter des difficultés de management dans une entreprise ou d’éducation des enfants ;
  • au niveau politique et social, avec le coaching de dirigeants,qui nécessite d’aborder sérieusement la structure et les règles des organisations, mais aussi au niveau de la famille élargie, par exemple à l’occasion d’un héritage.

Vis-à-vis de son client, le coach adopte une double posture :

  • posture basse, où il met ses compétences au service de son client, qui reste maître de ses décisions ;
  • posture haute sur le processus de coaching, où le coach précise au départ et rappelle en tant que de besoin les règles du coaching. Il adopte aussi une position haute quand il sort de la neutralité bienveillante, pour aider le client à dépasser ses résistances conscientes ou inconscientes.

Cette double posture est délicate car elle peut donner lieu à des dérives dont le client est en partie protégé par :

  • le code de déontologie du coaching[4] qui précise les obligations respectives du coach, du coaché et, le cas échéant de celui qui paye le coaching[5] ;
  • le contrat spécifique entre le coach et le client.

Lorsqu’il exerce son art, le coach fait appel à des compétences fondamentales que François Délivré regroupe en sept :

  1. L’analyse de la demande : En explorant le contexte, le problème, le besoin et la demande, le coach distingue ces quatre niveaux de réalité et il permet au client de formuler plus précisément sa demande.
  2. L’établissement d’un contrat : il fournit un cadre sécurisant au déroulement du coaching, et une référence en cas de difficultés ;
  3. Le diagnostic initial : il permet au coach de définir une stratégie d’intervention, en cernant la personnalité de son client, en repérant les croyances enfermantes, et en prévenant les jeux psychiques  qui risquent se jouer au cours du travail ;
  4. Le cadre de référence : il permet au coach d’objectiver le mode de fonctionnement de son client et le sien, pour répondre à chaque moment à la question de l’interventionnisme ou non, c’est-à-dire savoir s’il est plus profitable au client de poursuivre dans son mode de fonctionnement ou de s’en voir proposer un autre ;
  5. Le contenu, le processus et le sens : tout au long du travail, le coach exerce une triple écoute de ce que dit le client, de ce qu’il montre et de la manière dont cela résonne en lui. Il repère d’éventuels processus parallèles et s’efforce d’aider le client à trouver ou rétablir une harmonie interne en alignant le mieux possible ses comportements, ses capacités, ses croyances et ses valeurs et ses missions[6].
  • L’accompagnement au changement : le coach accompagne le client dans le deuil du passé et dans la construction du présent et du futur, en sachant distinguer si le changement désiré nécessite des évolutions successives ou une révolution profonde ;
  • L’invitation à l’autonomie : le coach sait repérer les jeux psychologiques qui balisent sa relation avec le client[7] et il sait lui donner les signes de reconnaissance, les permissions dont il a besoin, sans que ses propres besoins n’interfèrent dans l’évolution de son client.

Dans son travail quotidien, le coach pratique :

  • le questionnement et la reformulation, permettant d’extraire du contenu communiqué le sentiment inhérent aux paroles du client et de les lui communiquer sans les lui imposer ;
  • la métacommunication, c’est-à-dire communiquer sur la relation de coaching, en disant par exemple : « il me semble que nous tournons en rond »
  • l’expression des signes de reconnaissance positifs ou négatifs, conditionnels et inconditionnels ;
  •  les recadrages du point de vue, en montrant au client qu’il y a plusieurs façons de voir, du comportement, en soulignant ce qu’il y a d’intentions positives,  et du sens, en soulignant qu’il peut y avoir plusieurs significations, suppositions et interprétations d’un comportement donné ;
  • Les confrontations, pour s’opposer aux contradictions du client, de façon à ce qu’il puisse choisir d’évoluer ;
  • Les explicitations, en donnant des points de repère au client, pour l’éclairer sur un problème évoqué ;
  • Les interprétations, en formulant des hypothèses sur ce qui se passe, tout en laissant le client libre d’y adhérer ou pas ;
  • Les permissions et protections pour permettre au client de suivre son désir en dépassant sa peur, tout en l’avertissant des dangers à éviter ;
  • Le rire, qui permet de dédramatiser ;
  • Le silence, qui laisse le temps au client de faire son chemin pendant la séance ;
  • Les métaphores, qui permettent de sortir d’un problème trop douloureux ou trop sérieux en le ramenant à des proportions différentes « c’est comme si… »
  • La prescription du symptôme qui consiste en quelque-sorte à inoculer un vaccin au client, en l’invitant à faire consciemment ce qu’il ne peut pas s’empêcher de faire malgré lui.

Voici maintenant trois exemples d’accompagnement :

Personnellement, lorsque j’étais en formation, j’ai très souvent évoqué des situations de conflit, notamment avec mon épouse.  Chaque fois, le coach- formateur m’a invité à revivre la situation, dans un cadre sécurisé. Généralement, il jouait lui-même le rôle de l’opposant, en m’invitant à aller au bout de mes émotions de peur et de colère, de honte, de dégoût ou de surprise. Parfois-même il m’a demandé s’inverser les rôles, où c’est lui qui jouait mon rôle tandis que je devais vivre le rôle de ma compagne. Je puis vous assurer que, chaque fois, cette expérience m’a permis de voir la situation autrement et d’aborder ensuite ma compagne avec un état d’esprit différent.

Hans et Josy étaient séparés et la garde de l’enfant avait été confiée à Josy car Hans était toxicomane. Quand il revient en France, il voulut revoir son fils, mais l’avocate de Josy eut une attitude très vindicative avec des propos violents contre Hans. Grâce à un accompagnement, Hans répondit posément à l’avocat et il parvint à rester calme lors de l’audience, si bien que le juge accorda la garde alternée[8].

Une femme en colocation, s’est fait violer à Paris en 1978 par les trois « amis » de sa colocataire, venus à l’improviste. Ses agresseurs ont été punis de sept ans de réclusion elle a touché 36 500 F de dommages et intérêts, mais cela n’a rien changé à sa vie qui a été détruite. Elle s’est sentie à nouveau comme violée lors des interrogatoires et de la procédure qui ont duré deux ans. Elle vivait dans la peur de rencontrer ses agresseurs à qui elle aurait voulu montrer sa vie devenue un enfer, mais elle n’a pas pu leur parler. Pendant longtemps elle a recherché sa réhabilitation mais elle ne l’a pas trouvé dans la procédure judiciaire. Elle l’a trouvé enfin en se joignant au Centre de Médiation et de Formation à la médiation (CMFM)[9], où elle a découvert la possibilité de vider son sac d’émotions, de sentiments et de ressentiments, pour s’apaiser. Après des années de souffrance, elle a découvert combien il est nécessaire pour une personne blessée de pouvoir faire part de sa peine, de sa haine, son amour ses rancœurs, ses incompréhensions ses doutes, sa souffrance à la personne directement concernée. Elle a compris qu’il est tout aussi important d’entendre cette personne justifier ses actes en répondant la question : POURQUOI ? Elle a aussi compris que la réparation matérielle donnée par la justice était importante, mais seule une médiation avec ses violeurs aurait pu apporter la réparation morale[10].


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[1] https://www.accompagnement-spirituel.com/

[2] https://www.alexandrecormont.com/conseils/recuperer-son-ex-rapidement/

[3] François Delivré, Le métier de coach, 3ème édition, Eyrolles, 2019.

[4] Il en existe plusieurs dont celui de la SF Coach que j’utilise personnellement https://www.sfcoach.org/wp-content/uploads/2020/04/Code-D%C3%A9ontologie-M%C3%A0J-7-Avril-2020.pdf

[5] Dans le cas d’une personne en difficulté dans son couple, ce peut être un parent ou un proche qui offre le coaching à son enfant ou son ami.

[6] Cf niveaux logiques de Dilts.

[7] Il peut s’agir du phénomène classique de transfert et contre transfert.

[8] http://www.mediation-familiale.com/pem/articles.php?lng=fr&pg=15

[9] http://www.cmfm.fr/

[10] Jacqueline Morineau, l’esprit de la médiation.

ParYves Alain

6.1. La posture de l’accompagnant

Souvent, des personnes de bonne volonté s’efforcent de venir en aide à des familles en difficulté, et notamment les proches de ces personnes et de ces familles.  L’effet plus ou moins bénéfique de leur intervention dépendra notamment de leur intention, de leur expérience et de leur posture.

Voici tout d’abord comment j’agissais avant d’être formé :

J’ai souvent rencontré en Afrique des hommes ou des femmes qui avaient été délaissées par leur conjoint, ou qui étaient en passe de l’être pour des raisons fallacieuses[1]. Sensible à leur souffrance, liée à leur apparente impuissance, je leur ai souvent conseillé de rechercher un tiers qui puisse avoir une certaine autorité sur leur conjoint, comme par exemple l’oncle ou le chef traditionnel, le curé, le pasteur ou l’imam, le président de l’association qu’ils fréquentent, etc. Ce faisant, le conjoint, dont la parole est niée, pourra être entendu, si son propos est relayé par un autre.

Dans d’autres cas, mon épouse et moi avons rencontré des hommes ou des femmes qui nous ont confié leurs difficultés de couple, et, dans ce cas, nous nous sommes efforcés de ne pas prendre parti, considérant que nous n’avions aucune légitimité pour le faire, mais que nous pouvons écouter avec empathie la souffrance de la personne, et donner éventuellement quelques points de repères sur des situations voisines que nous avons pu vivre, en précisant bien que chaque cas est différent.

Aujourd’hui, j’ai appris à distinguer huit postures distinctes en fonction du type de mandat reçu par l’accompagnant et par la posture qu’il adopte par rapport à eux.

 Position bassePosition haute
Sans mandatParent, ami, collègue, inconnu,Gourou, donneur de leçons, parent, ami, collègue…
Avec mandat d’un conjointParent, ami, Thérapeute, Coach, Conseil conjugalParent, ami, Thérapeute, Coach, Conseil conjugal
Avec mandat des deux conjointsMédiateur ad hocArbitre
Avec mandat de la sociétéMédiateur désigné par le jugeJuge

Un de mes points de repère actuel est la conviction que toute intervention dans la vie d’un autre qui ne résulte pas d’un mandat explicite ou implicite de sa part crée une violence qui peut aller jusqu’à un viol psychique.

Le Code pénal français qualifie le viol (article 222-23) de crime et il le définit « comme tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ». 

Parallèlement, la violence psychologique, ou morale  est une forme de violence ou d’abus envers autrui, qui peut se manifester par des paroles ou des actes qui influencent l’autre dans ses sentiments d’être aimé ou détesté. Il peut résulter un traumatisme puni par la loi de certains pays[2].

Une fois admis que le conseiller n’est pas un sauveur tout puissant qui viendrait déverser son savoir indépendamment du désir de l’autre, il reste à préciser de quel point de vue il parle à un moment donné. Ce peut être :

  • un témoin empathique, par exemple un parent, un ami, marié ou non, qui a traversé une épreuve voisine de celle de son interlocuteur et peut partager son expérience sur une situation donnée ;
  • un ami, qui ne cherche pas à apporter de réponse mais qui va montrer son amitié en aidant ainsi l’ami à se faire confiance à lui-même ;
  • un passeur, qui met en relation celui qui cherche à savoir avec celui qui sait ;
  • un guide, expérimenté par son vécu dans des situations similaires, capable d’expliquer le chemin qu’il a parcouru, tout en considérant que chaque cas est différent ;
  • un psychologue, qui rappelle des éléments de la psychologie humaine et aide la personne à comprendre ce qui se passe chez elle ou chez son conjoint, de manière plus ou moins consciente ;
  • un thérapeute,  formé à l’écoute et aux diagnostics thérapeutiques, qui peut aider une personne à se libérer de ses pathologies qui ont une influence sur le présent ;
  • un médiateur, maîtrisant les techniques pour lever les obstacles dans le dialogue rompu entre deux personnes ou groupes ;
  • Un arbitre, mandaté par les deux parties, chargé de décider d’un compromis qui lui semble juste ;
  • un juge mandaté par la société pour dire le droit par rapport à la loi ;
  • un voyeur, qui se nourrit de la souffrance des autres pour oublier la sienne, un peu comme les détraqueurs décrits dans Harry Potter ;
  • un chercheur qui essaye de comprendre les blocages de la société actuelle par rapport au mariage et d’apporter une contribution à la réflexion.
  • …/…

En dehors des juges et des arbitres, dont je ne connais pas le métier,  je crois pour ma part que le principal secret des accompagnants est leur capacité à ne pas juger, en considérant que la frontière entre le bien et le mal ne passe pas seulement entre les êtres, mais dans le cœur de chacun d’eux, et en particulier en eux-mêmes.

Pour appuyer cette approche étonnante, que j’ai découverte bien tard dans ma vie, je voudrais citer trois auteurs parmi d’autres qui furent mes maîtres :

  • Soljenitsyne  nous dit que c’est au Goulag qu’il a pris conscience que : la frontière entre les forces du bien et du mal ne passent pas uniquement entre les nations et les parties, mais en notre propre cœur ;
  • Etti Hillesum écrivait e, septembre 1942 dans ses cahiers : Quand on veut avoir une influence morale sur les autres, il faut s’attaquer sérieusement à sa morale personnelle. […]  Notre unique obligation morale, c’est de défricher en nous-mêmes de vastes clairières de paix et de les tendre de proche en proche, jusqu’à ce que cette paix irradie vers les autres ;
  • Jean-Jacques Samuel : Il ne s’agit pas de refuser la violence, ni de s’y opposer, car elle est présente en nous aussi, mais d’élaborer une autre approche, constructive, et d’en imprégner notre mode de vie. Utiliser l’énergie des émotions pour transformer la violence en tendresse.

Examinons maintenant en quoi consistent les métiers de ceux qui font profession d’accompagner les personnes en difficulté dans leur couple.


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Source de l’image : pinterest.com

[1] Je n’oublierai jamais cette femme qui priait au Sanctuaire marial d’Abidjan, parce que son mari s’apprêtait à la quitter pour une autre, en prétextant qu’elle était une sorcière puisqu’elle avait donné naissance à un enfant handicapé. Je n’oublierai pas non plus cet homme que sa femme avait planté, en rentrant chez sa mère, tout en lui laissant la charge des enfants en bas âge, dont il ne pouvait s’occuper sans abandonner son travail et ses revenus.

[2] La loi française n° 2010-769 du 9 juillet 2010 relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants, définit la violence psychologique en des actes répétés, qui peuvent être constitués de paroles et/ou d’autres agissements, d’une dégradation des conditions de vie entraînant une altération de la santé physique ou mentale.

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