Archive de l’étiquette violence

ParYves Alain

49. La souffrance des enfants

Incompréhension et souffrance des enfants

Lorsqu’un mariage vire à l’aigre, le mari et la femme ne sont pas les seuls à en souffrir, les enfants en pâtissent également [Jean Gottman, op. cit.  p. 20]

Compte tenu de ses valeurs, la société civile s’efforce de protéger l’enfant plutôt que le couple.

Figure 15 : mes parents se séparent[1]

L’Eglise aussi évoque la souffrance des enfants :

Les Pères synodaux ont aussi souligné les conséquences de la séparation ou du divorce sur les enfants qui sont, dans tous les cas, les victimes innocentes de cette situation.  Au-delà de toutes les considérations qu’on voudra avancer, ils sont la première préoccupation, qui ne doit être occultée par aucun autre intérêt ou objectif. Je supplie les parents séparés : il ne faut jamais, jamais, jamais prendre un enfant comme otage ! [A.L. 24]°

La crainte d’un enfant c’est d’être laissé seul, abandonné, aussi les parents rassurent-ils habituellement leurs enfants en les prenant dans leurs bras, en leur disant qu’ils les aiment et ne les abandonneront pas. Ainsi font des milliers de parents pour calmer les angoisses enfantines, en se servant éventuellement des contes pour enfants, tels que celui du Petit Poucet. Les enfants se construisent généralement sur cette croyance que leurs parents les aiment et ne les abandonneront jamais.

Au moment de la séparation du couple, les enfants peuvent être ponctuellement soulagés si la violence verbale ou physique a rendu l’atmosphère invivable, mais le monde de leurs certitudes d’enfant s’effondre alors. En effet, la confiance en soi se construit sur des paroles que l’on croit vraies. Quelle tristesse quand on découvre que les promesses parentales se sont dissoutes.

Même si un conjoint parle toujours respectueusement du conjoint séparé, son attitude troublera l’enfant qui se demandera : si Papa ou maman étaient quelqu’un de bien, pourquoi sont-ils allés chercher quelqu’un autre ?

Si la relation entre les parents rend évident que non seulement l’amour n’est plus, mais que le respect et l’estime ont également disparu, alors l’enfant qui a mis sa confiance en eux va se demander qui il est lui, et qui sont ses parents.

Il en résulte tout un travail à faire pour restaurer chez l’enfant l’espérance de la vie sur la base de la confiance en la parole donnée, alors que celle qui a été donnée entre les parents n’a pas été respectée. En l’absence d’un tel travail, il y a de fortes chances que l’enfant ne veuille pas se marier, lorsqu’il pourrait le faire, car l’image du divorce de ses parents le hante.

Pour terminer sur une note d’espoir, rappelons que, si le mal se transmet de génération en génération, le bien se transmet encore bien plus loin, comme le dit le livre de l’Exode :

Moi, le Seigneur ton Dieu, je suis un Dieu jaloux : chez ceux qui me haïssent, je punis la faute des pères sur les fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération ; mais ceux qui m’aiment et observent mes commandements, je leur montre ma fidélité jusqu’à la millième génération. Exode 20:5-6


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[1] https://www.mediationfamiliale.info/essonne-91/

ParYves Alain

47. Vivre ensemble, malgré tout

http://silverblogbd.blogspot.com/2014/12/vivre-ensemble.html

Est-il possible de continuer à vivre avec un conjoint qui ne partage plus les mêmes valeurs et qui se comporte le plus souvent en adversaire ?

A vouloir modeler l’autre sur l’image qu’on se fait de lui, on finit par se heurter à un mur et l’on est toujours trompé, non par l’autre, mais par ses propres exigences[1].

En laissant la question du discernement pour la section suivante, écoutons tout d’abord les conseils d’Adam Kahane[2], qui conseilla Nelson Mandela en Afrique du Sud, Juan Manuel Santos en Colombie, et de nombreux acteurs politiques qui ont réussi à s’entendre suffisamment avec leurs adversaires, évitant ainsi des bains de sang.

Pour lui, il y a quatre manières de faire lorsqu’on doit côtoyer un adversaire :

  • si l’on ne peut pas espérer changer la situation, on a tout de même le choix entre s’adapter ou fuir ;
  • si l’on peut espérer changer la situation, on a le choix entre imposer son point de vue ou chercher à coopérer.

Comme de nombreux couples en ont fait l’expérience, coopérer avec un conjoint devenu adversaire nécessite un type de « collaboration agile », différent de la coopération conventionnelle que l’on a menée jusqu’alors, et qui a abouti à une situation bloquée.

 Coopération conventionnelleCoopération agile
RelationsHarmonieConflit
Mode de travailAccord préalableExpérimentations
ImplicationConvaincre l’autreChanger soi-même

En effet, il n’est plus possible de s’appuyer sur l’harmonie et la bonne entente du couple car elles ont été brisées. Toutefois, il est encore possible de travailler ensemble à partir des conflits qui représentent encore une opportunité de dialogue et de changement.

La plus grande partie des problèmes sont résolus dès lors qu’on les évoque[3]

Il n’est plus possible de s’appuyer sur une vision commune de ce qu’il convient de faire, puisque cette vision a été brisée. Toutefois, il est  encore possible de faire des petits pas, dans un sens puis dans un autre, pour ne pas se satisfaire de la position bloquée, mais pour tâcher d’évoluer.

Il n’est plus possible de convaincre l’autre, puisque l’on a essuyé un refus catégorique, mais il reste la possibilité de changer soi-même pour que la relation évolue en conséquence.

Parmi toutes les expériences qu’Adam Kahane expose, nous retiendrons une réflexion qui peut choquer au premier abord, mais qui est essentielle. Il convient d’user alternativement de la douceur et de la force. En effet, l’homme a besoin d’inspirer et d’expirer alternativement pour vivre. De même, il doit alterner des moments d’affirmation de son point de vue et des moments d’écoute empathique de l’autre pour coopérer de façon constructive avec son adversaire,

Il ne s’agit pas en effet de donner toute la place à l’autre, en vertu d’une prétendue charité, mais aussi de s’écouter et de se respecter soi-même, comme nous l’avons écrit dans les conseils aux amoureux. Il ne s’agit pas non plus de rester enfermé dans ses propres certitudes, considérant que toute la faute vient de l’autre, mais de découvrir, seul ou avec de l’aide, quelle est sa part de responsabilité.

Il s’agit donc d’alterner affirmation de soi et empathie, comme l’explique Adam Kahane dans son livre « power and love[4] » :

Les deux manières principales par lesquelles les gens tentent de résoudre les problèmes les plus difficiles de leur groupe, leur communauté ou de la société sont fondamentalement viciées. Soit ils imposent à tout prix ce qu’ils veulent – dans sa forme la plus extrême, cela signifie la guerre – soit ils essaient d’éviter complètement les conflits, en balayant de gros problèmes au nom d’une « paix » superficielle. « Mais il existe un meilleur moyen: combiner ces deux approches apparemment contradictoires.


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[1] Etty Hillesum, Une vie bouleversée.

[2] Adam Kahane, Collaborating with the Enemy. How to work with people you don’t agree with or like or trust?

[3] Etty Hillesum, Une vie bouleversée.

[4] The two main ways that people try to solve their toughest group, community and societal problems are fundamentally flawed. They either push for what they want at all costs—in it’s most extreme form this means war—or try to completely avoid conflict, sweeping problems under the rug in the name of a superficial ”peace.” But there is a better way: combining these two seemingly contradictory approaches. 

ParYves Alain

46. Face à la violence conjugale

Dans de nombreux pays[1], la loi protège les femmes et les hommes[2] contre la violence conjugale[3], avec des mesures de prévention, de protection des victimes et de condamnation des partenaires violents et des récidivistes. Voici un extrait du Code civil français :

Lorsque les violences exercées au sein du couple ou par un ancien conjoint, un ancien partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou un ancien concubin mettent en danger la personne qui en est victime, un ou plusieurs enfants,
le juge aux affaires familiales peut délivrer en urgence
à cette dernière une ordonnance de protection[4].

Même si son approche est différente[5], l’Eglise, dénonce également les violences et manipulations dans le couple, comme en dispose le code de droit canonique :

Can. 1153 — § 1. Si l’un des conjoints met en grave danger l’âme ou le corps de l’autre ou des enfants, ou encore si, d’une autre manière, il rend la vie commune trop dure, il donne à l’autre un motif légitime de se séparer en vertu d’un décret de l’Ordinaire du lieu et même, s’il y a risque à attendre, de sa propre autorité.

En pratique, cette loi canonique de l’Eglise est peu connue et peu appliquée[6], de même que les recommandations du synode de la famille sur la violence dans les couples. (Amoris Laetitia N° 153 à 156).

Etant admis que la violence domestique est condamnable, il importe de la détecter à temps, d’objectiver le niveau de violence et le seuil de tolérance, pour choisir des conduites appropriées. Dans cette perspective, des campagnes d’informations sont menées sur la violence conjugale, expliquant qu’elle suit en général un cycle qui se reproduit au fil du temps, et augmentant progressivement d’intensité.

EtapesVécu de l’auteurVécu de la victime
TensionsColèrePeur de déplaire
AgressionPerte de contrôleHumiliation, désespoir
ExplicationCulpabilisation Culpabilité
RéconciliationExpression de regretsEspoir que c’est la fin
TensionsColère…/…
Agression…/……/…

Il en résulte diverses formes de violences.

  • Violences psychologiques et verbales : l’autre veut tout contrôler chez son conjoint : son emploi du temps, son argent, ses décisions, ses activités, son apparence physique (habits, coiffures, …), ses amis, … ses gestes et ses pensées. Il manipule le conjoint, l’humilie en tête-à-tête et/ou en public, devant les amis, la famille, les enfants, le dévalorise, le dénigre, le harcèle, le menace, l’insulte, l’injurie, le suspecte, lui coupe les vivres, fait du chantage au départ, à l’expulsion…
  • Agressions sexuelles : la relation sexuelle est un viol dès qu’un des partenaires n’est pas consentant, par exemple en imposant des pratiques ou des postures non consenties, ou en incitant à la prostitution ou à des formes d’échangisme.
  • Vol : En France, le vol entre époux est punissable dès lors qu’il concerne des objets ou documents indispensables à la vie de la victime, comme des papiers d’identité ou des moyens de paiement,
  • Violences physiques : agression physique, coups, projection d’objets, projection de la personne elle-même, séquestration, excision, tentative de meurtre… Cette violence laisse des blessures visibles à l’œil.

Les pages précédentes donnent des premières pistes pour rétablir le dialogue mais, si elles ne suffisent pas, une des premières choses à faire est de prendre conscience du caractère inacceptable de la violence, et d’en parler autour de soi pour ne pas rester isolé en position de victime impuissante.

Même si l’un des conjoints ou les deux peuvent le supporter pour eux-mêmes, ils doivent lutter courageusement contre le climat de violence domestique, en faisant, si nécessaire appel à un tiers, car cette violence provoque sur le couple et sur les enfants un impact dévastateur et durable.

Si la violence est forte, il convient de recourir à la loi, ce qui est nécessaire mais doit être effectué avec précaution car, « summum ius, summa injuria », dit l’adage latin, ce qui veut dire qu’on peut aussi se servir de la loi pour l’injustice. Comme cela est développé au chapitre 2 sur la médiation, il convient de se garder des deux écueils suivants :

  • tergiverser, et devenir ainsi complice de la violence ;
  • se précipiter en condamnant trop vite l’auteur de la violence sans se rendre compte que les rôles de victime et de bourreau s’inversent très souvent et que celui qui joue au sauveur immodéré risque d’aggraver le conflit.

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Source de l’image : avocat Steyer

[1] Ex ; En France, loi n° 2010-769 du 9 juillet 2010 relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants

[2] 88 % de femmes et 12 % d’hommes en France.

[3] En Belgique, la fréquence est estimée à un couple sur huit. http://www.mon-couple-heureux.com/violences-couple/

[4] Article 515-9 du Code civil français.

[5] En prenant position pour la victime, contre l’agresseur, l’Etat peut aggraver la situation en se posant en sauveur

[6] Combien de couples demandent un décret de l’évêque avant de se séparer ?