Archive de l’étiquette pardon

ParYves Alain

47. Vivre ensemble, malgré tout

http://silverblogbd.blogspot.com/2014/12/vivre-ensemble.html

Est-il possible de continuer à vivre avec un conjoint qui ne partage plus les mêmes valeurs et qui se comporte le plus souvent en adversaire ?

A vouloir modeler l’autre sur l’image qu’on se fait de lui, on finit par se heurter à un mur et l’on est toujours trompé, non par l’autre, mais par ses propres exigences[1].

En laissant la question du discernement pour la section suivante, écoutons tout d’abord les conseils d’Adam Kahane[2], qui conseilla Nelson Mandela en Afrique du Sud, Juan Manuel Santos en Colombie, et de nombreux acteurs politiques qui ont réussi à s’entendre suffisamment avec leurs adversaires, évitant ainsi des bains de sang.

Pour lui, il y a quatre manières de faire lorsqu’on doit côtoyer un adversaire :

  • si l’on ne peut pas espérer changer la situation, on a tout de même le choix entre s’adapter ou fuir ;
  • si l’on peut espérer changer la situation, on a le choix entre imposer son point de vue ou chercher à coopérer.

Comme de nombreux couples en ont fait l’expérience, coopérer avec un conjoint devenu adversaire nécessite un type de « collaboration agile », différent de la coopération conventionnelle que l’on a menée jusqu’alors, et qui a abouti à une situation bloquée.

 Coopération conventionnelleCoopération agile
RelationsHarmonieConflit
Mode de travailAccord préalableExpérimentations
ImplicationConvaincre l’autreChanger soi-même

En effet, il n’est plus possible de s’appuyer sur l’harmonie et la bonne entente du couple car elles ont été brisées. Toutefois, il est encore possible de travailler ensemble à partir des conflits qui représentent encore une opportunité de dialogue et de changement.

La plus grande partie des problèmes sont résolus dès lors qu’on les évoque[3]

Il n’est plus possible de s’appuyer sur une vision commune de ce qu’il convient de faire, puisque cette vision a été brisée. Toutefois, il est  encore possible de faire des petits pas, dans un sens puis dans un autre, pour ne pas se satisfaire de la position bloquée, mais pour tâcher d’évoluer.

Il n’est plus possible de convaincre l’autre, puisque l’on a essuyé un refus catégorique, mais il reste la possibilité de changer soi-même pour que la relation évolue en conséquence.

Parmi toutes les expériences qu’Adam Kahane expose, nous retiendrons une réflexion qui peut choquer au premier abord, mais qui est essentielle. Il convient d’user alternativement de la douceur et de la force. En effet, l’homme a besoin d’inspirer et d’expirer alternativement pour vivre. De même, il doit alterner des moments d’affirmation de son point de vue et des moments d’écoute empathique de l’autre pour coopérer de façon constructive avec son adversaire,

Il ne s’agit pas en effet de donner toute la place à l’autre, en vertu d’une prétendue charité, mais aussi de s’écouter et de se respecter soi-même, comme nous l’avons écrit dans les conseils aux amoureux. Il ne s’agit pas non plus de rester enfermé dans ses propres certitudes, considérant que toute la faute vient de l’autre, mais de découvrir, seul ou avec de l’aide, quelle est sa part de responsabilité.

Il s’agit donc d’alterner affirmation de soi et empathie, comme l’explique Adam Kahane dans son livre « power and love[4] » :

Les deux manières principales par lesquelles les gens tentent de résoudre les problèmes les plus difficiles de leur groupe, leur communauté ou de la société sont fondamentalement viciées. Soit ils imposent à tout prix ce qu’ils veulent – dans sa forme la plus extrême, cela signifie la guerre – soit ils essaient d’éviter complètement les conflits, en balayant de gros problèmes au nom d’une « paix » superficielle. « Mais il existe un meilleur moyen: combiner ces deux approches apparemment contradictoires.


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[1] Etty Hillesum, Une vie bouleversée.

[2] Adam Kahane, Collaborating with the Enemy. How to work with people you don’t agree with or like or trust?

[3] Etty Hillesum, Une vie bouleversée.

[4] The two main ways that people try to solve their toughest group, community and societal problems are fundamentally flawed. They either push for what they want at all costs—in it’s most extreme form this means war—or try to completely avoid conflict, sweeping problems under the rug in the name of a superficial ”peace.” But there is a better way: combining these two seemingly contradictory approaches. 

ParYves Alain

45. Face à l’infidélité

Depuis des siècles, la question se pose de savoir que faire en cas d’infidélité d’un conjoint. Beaucoup pensent que l’infidélité est la cause du divorce, pourtant, la plupart des thérapeutes conjugaux estiment que c’est l’inverse, à savoir que les liaisons clandestines reflètent en général une recherche d’amitié, de soutien, de compréhension, de respect, d’affection que le mariage a cessé de donner, tandis que 25 % seulement des couples estiment que l’infidélité est antécédente à la perte de complicité des conjoints[1].

L’infidélité commence quand on cesse de croire qu’on peut être heureux ensemble[2].

Ainsi, de nombreux acteurs pensent que l’infidélité n’est pas nécessairement une cause de rupture, et qu’il est possible de reconstruire son couple malgré une infidélité[3].

Le droit prévoit naturellement le cas de l’infidélité d’un conjoint.

En droit français, les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance mais il peut arriver qu’un des époux ne respecte pas ses obligations matrimoniales. Ainsi, en cas d’infidélité d’un époux, l’adultère peut constituer une faute invoquée dans une procédure de divorce[4]

lorsque des faits constituent une violation grave ou renouvelée des devoirs et obligations du mariage, que ces faits sont imputables au conjoint et rendent intolérable le maintien de la vie commune[5].

Par contre le divorce pour faute ne peut plus être demandé si les époux se sont réconciliés, c’est-à-dire s’il y a eu :

maintien de la vie commune et volonté de pardonner les griefs que l’époux avait contre son conjoint ayant eu une relation d’adultère.

Le droit canonique de l’Eglise est un peu différent :

Can. 1152 — § 1. Bien qu’il soit fortement recommandé que le conjoint, mû par la charité chrétienne et soucieux du bien de la famille, ne refuse pas son pardon à la partie adultère et ne rompe pas la vie conjugale, si cependant il n’a pas pardonné la faute de manière expresse ou tacite, il a le droit de rompre la vie commune conjugale, à moins qu’il n’ait consenti à l’adultère, n’en soit la cause ou n’ait commis lui aussi l’adultère.

En cas d’infidélité, le pardon n’est pas facile. Il est tout-à fait normal que le conjoint trompé conçoive de la colère et de l’indignation face à la trahison des promesses du mariage. Il doit accueillir paisiblement ces sentiments et les affronter avec courage, en ayant si nécessaire recours à des médiateurs conjugaux ou à des sages. Il pourra alors découvrir ses propres faiblesses et sa propre responsabilité dans l’acte de son conjoint, et il aura d’autant plus de chances de sauver son couple qu’il fera lui-même une démarche pour changer et retrouver une paix intérieure qui le fera à nouveau préférer par son conjoint.

Par ailleurs, la famille et la communauté sociale peuvent jouer un rôle important pour la prévention des divorces et la réconciliation des époux. Voici un exemple de médiation traditionnelle dans le village de Duquesne-Crémone, près d’Adzopé, en Côte d’Ivoire :

Si un homme est convaincu d’adultère, lui-même et sa maitresse sont convoqués par le chef du quartier ou le chef du village et les anciens. Une fois la médiation conclue, l’amant doit payer une amende de 50 000 FCFA (soit 75 €) au mari trompé et offrir un mouton qui sera dégusté par les villageois lors d’une cérémonie de réconciliation, avec la présence obligatoire de la femme adultère, du mari trompé et de l’amant repentant.


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Source de l’image : sandiegofamilytherapy

[1] John M. Gottman, Nan Silver Les couples heureux ont leurs secrets, Paris, Lattès, 1999. p. 33-34.

[2] Vivre et aimer, n° 68, p. 26.

[3] Voir notamment www.alexandreCormont.com/vie-de-couple/divorce-apres-infidelite/

[4] Avec le manquement à la vie commune, les violences conjugales, verbales ou physiques, le manquement à la contribution aux charges de la vie commune, le manquement au devoir d’assistance, notamment en cas de maladie ou de difficulté professionnelle, un comportement irresponsable voire dangereux envers les enfants, la jalousie et la possessivité, les conduites addictives.

[5] Article 242 du Code civil français.

ParYves Alain

43. L’apprentissage du pardon

Lorsqu’un conflit dérape, il est un autre apprentissage essentiel pour les fiancés comme pour les conjoints, qui consiste à s’excuser. En effet, la vie commune va immanquablement provoquer des blessures de l’un vis-à-vis de l’autre. Ne pas voir qu’on a une responsabilité dans le fait que l’autre est malheureux est un aveuglement grave. Heureusement, le dialogue et la vie commune donnent souvent l’occasion de découvrir sa part. C’est une chance qui nous est faite de nous améliorer.

Je ne vois pas d’autre issue que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres[1].

Pour rétablir la relation au plus vite, il importe d’apprendre à s’excuser, avec les cinq manières suivantes.

  • Exprimer ses regrets en précisant ce qui s’est passé de mal et que nous regrettons.
  • Reconnaître notre responsabilité dans ce qui s’est passé.
  • Réparer dans la mesure du possible ou compenser le tort par un acte concret.
  • Exprimer un désir réel de changement et en prendre les moyens.
  • Demander pardon en tenant compte du langage affectif de l’autre.

Je commence à me rendre compte que, lorsqu’on a de l’aversion pour son prochain, on doit en chercher la racine dans le dégoût de soi-même[2].

Dans son chapitre sur le pardon, Gary Chapman rappelle que le pardon n’est pas un sentiment mais une décision qui conclut une démarche personnelle de liberté. Il est caractérisé par le fait que :

  • Le pardon ne détruit pas le souvenir ;
  • Le pardon n’efface pas toutes les conséquences du tort commis ;
  • Le pardon ne restaure pas automatiquement la confiance
  • Le pardon ne produit pas toujours la réconciliation

Les civilisations anciennes ont des bonnes pratiques de pardon qui méritent d’être soulignées et, par exemple la pratique polynésienne de Ho’oponopono, basée sur une philosophie de la vie dans lequel chacun se reconnaît responsable de ses pensées et des situations qu’il rencontre mais aussi de sa mémoire corporelle qui concentre tous les conflits du passé non purifiés. Aussi pour parvenir à un état de paix, il est inutile de chercher à changer l’autre et de se comporter en victime de la fatalité. La solution consiste à effacer en soi les mémoires devenues limitantes et de lâcher prise pour évoluer vers des situations positives et constructives.

Une des techniques proposées pour se libérer de cette mémoire, source de tensions et de conflits, consiste à prononcer intérieurement le mantra Ho’oponopono constitué de la formule suivante : « Désolé, pardon, merci, je t’aime » où les mots portent la signification suivante :

  • Désolé : je reconnais que j’i une part de responsabilité dans la tension et/ou le conflit qui s’est produit.
  • Pardon, à moi-même, à l’autre et à l’univers d’avoir créé cette situation.
  • Merci, à mon âme, à Dieu, à l’Univers d’avoir réveillé en moi la  mémoire de ce conflit, afin de pouvoir la nettoyer.
  • Je t’aime, en envoyant une énergie d’Amour à moi-même, à l’autre et à l’univers.

De même, le christianisme se veut être une école de pardon, et l’Evangile propose des passages forts qui peuvent les aider à reconnaître leurs torts et à s’excuser plutôt qu’à accuser.

Si tu te souviens que ton frère a quelque-chose contre toi,
laisse-là ton offrande et va d’abord te réconcilier avec lui.

(Matthieu, 5, 23)

Quoi ! Tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? (Mathieu 7, 3)

Ses nombreux péchés ont été pardonnés : car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu. (Luc 7, 47)

Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?” (Mathieu 18, 33)

Globalement, il existe de nombreux livres spécifiques sur le pardon pour les personnes qui voudraient approfondir le sujet, entre autres :


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Source de l’image : Centerblog

[1] Etty Hillesum, Une vie bouleversée.

[2] Etty Hillesum, Une vie bouleversée, notes du 28 novembre 1941.